Rock

Une histoire du rock et de ses variantes !

En 2023, une étude Spotify révélait que les écoutes de rock avaient bondi de 40 % chez les 18-24 ans. Ironie de l’histoire : le genre que l’on enterrait depuis trois décennies refuse obstinément de mourir. Mieux, il mute, se réinvente, contamine la pop, le hip-hop, l’électro. Comprendre l’histoire du rock, c’est saisir comment une musique née dans les juke-joints ségrégués du Mississippi a fini par devenir le langage universel de la rébellion.

Mais d’où vient ce terme étrange de rock and roll ? Étymologiquement, l’expression remonte au XVIIe siècle et au vocabulaire des marins anglais : rocking and rolling désignait le tangage d’un navire secoué par les flots. Au XXe siècle, dans l’argot afro-américain, elle prend une connotation plus charnelle. Quand le DJ Alan Freed popularise le terme en 1951 à Cleveland, il sait exactement ce qu’il fait : nommer une musique qui fait vibrer les corps autant que les âmes.

Le rock naît d’un creuset de cultures que l’Amérique ségrégationniste voulait maintenir séparées. D’un côté, les musiques afro-américaines : le blues du Delta, le jazz de La Nouvelle-Orléans, le boogie-woogie des pianistes de Chicago, le rhythm and blues des grandes villes du Nord. De l’autre, les traditions blanches rurales : folk appalachien, country du Tennessee, gospel des églises évangéliques. Le rock est le fruit scandaleux de ce métissage interdit.

Les pionniers de ce genre nouveau s’appellent Chuck Berry, Little Richard, Fats Domino, Bo Diddley. Mais c’est un camionneur blanc de Tupelo, Mississippi, qui va faire exploser les digues : Elvis Presley. Son premier single chez Sun Records en 1954, That’s All Right, provoque un séisme culturel. Pour la première fois, un artiste blanc chante comme un Noir, bouge comme un Noir, et les jeunes Américains blancs adorent ça. Le sociologue David Riesman l’avait pressenti dès 1950 : la jeunesse deviendrait une classe sociale à part entière, avec ses propres codes, ses propres musiques, ses propres héros.

D’après une étude Viberate de 2021, le rock reste le troisième genre le plus écouté au monde, derrière le hip-hop et la pop. En France, selon une enquête IFOP de 2023, rock, pop et hip-hop représentent ensemble 33 % des préférences musicales. La bête refuse de mourir.

Vous découvrirez comment chaque variante du rock a apporté sa pierre à l’édifice d’un genre qui continue de nourrir l’imagination artistique mondiale. Du psychédélisme halluciné des années 60 au post-rock contemplatif du XXIe siècle, voici l’histoire d’une révolution permanente.

Rock Psychédélique : le son des années 60 !

Le rock psychédélique marque la première grande mutation de l’histoire du rock vers des territoires sonores inexplorés. Nous sommes en 1965, et quelque chose de bizarre se passe à San Francisco.

Une batterie et un musicien.
Les origines du rock remontent aux années 1950, mais c’est dans les années 1960 que le genre explose véritablement.

Dans le quartier de Haight-Ashbury, des jeunes aux cheveux longs expérimentent le LSD fraîchement synthétisé par les laboratoires Sandoz. Leur musique en porte la marque : distorsions, réverbérations infinies, structures éclatées. Jefferson Airplane, Grateful Dead, Big Brother and the Holding Company inventent un son qui ne ressemble à rien de connu.

L’influence de cette scène californienne traverse l’Atlantique. En 1967, les Beatles sortent Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, album qui pulvérise toutes les conventions du format rock. John Lennon, fasciné par les expériences de Timothy Leary, pousse le groupe vers des territoires que personne n’avait imaginés. Le succès est planétaire.

Pink Floyd, de son côté, développe une approche plus froide, plus expérimentale. Syd Barrett, leur premier guitariste, est un génie instable dont la folie nourrira la légende. Son remplacement par David Gilmour en 1968 marque le début d’une nouvelle ère pour le groupe, orientée vers les grandes fresques sonores qui feront leur gloire.

Jimi Hendrix arrive à Londres en 1966 et révolutionne l’usage de la guitare électrique. Son album Are You Experienced démontre qu’un seul guitariste peut créer des univers sonores entiers. Comme l’écrivait l’auteur Greil Marcus dans Mystery Train : « Hendrix jouait comme si sa guitare était le dernier instrument sur Terre ».

Hard Rock : de Led Zeppelin à AC/DC

L’histoire du hard rock commence par un constat simple : le psychédélisme, c’est bien joli, mais ça manque de puissance. En 1968, quatre musiciens britanniques décident d’y remédier.

Led Zeppelin naît de la fusion entre le blues du Delta et une approche résolument moderne de l’amplification. Jimmy Page, ancien guitariste de studio devenu légende, comprend que le volume est une dimension musicale à part entière. Robert Plant hurle comme un dieu païen, John Bonham frappe sa batterie comme si elle lui avait fait du mal, John Paul Jones ancre le tout avec une basse tellurique.

Leur premier album, sorti en janvier 1969, se vend à plus de 10 millions d’exemplaires aux États-Unis. Le succès est immédiat, définitif. En trois années, le groupe devient la plus grosse attraction de concerts au monde. Leurs tournées américaines pulvérisent tous les records d’affluence.

Deep Purple apporte la virtuosité classique. Ritchie Blackmore, formé au conservatoire, injecte des gammes baroques dans des riffs dévastateurs. Machine Head (1972) et son mythique Smoke on the Water gravent dans le marbre le son du hard rock britannique.

Black Sabbath, formé à Birmingham en 1968, explore des territoires plus sombres. Tony Iommi, amputé de deux doigts dans un accident industriel, développe un style de jeu unique qui pose les bases du métal. Ozzy Osbourne incarne la figure du chanteur possédé qui deviendra un archétype du genre.

AC/DC, arrivé d’Australie au milieu des années 70, pousse la formule à son paroxysme de simplicité efficace. Angus Young, en uniforme d’écolier, prouve que trois accords suffisent quand on les joue avec assez de conviction.

Rock Progressif : l’art du rock expérimental

L’histoire du rock progressif est celle d’une ambition démesurée : élever le rock au rang des musiques savantes. Au début des années 70, des musiciens britanniques décident que les formats traditionnels sont trop étriqués pour leurs aspirations.

King Crimson ouvre le bal en 1969 avec In the Court of the Crimson King. Robert Fripp, guitariste glacial et perfectionniste, impose une discipline de fer à ses musiciens. L’album mêle jazz, musique classique contemporaine et rock dans des compositions de vingt minutes qui défient toutes les conventions radiophoniques.

Yes pousse l’ambition encore plus loin. Close to the Edge (1972) ne contient que trois morceaux, dont un de dix-huit minutes. Rick Wakeman, claviériste aux capes de magicien, empile les synthétiseurs comme d’autres empilent les Marshall. Le succès commercial est au rendez-vous : les jeunes sont apparemment prêts à écouter des albums qui ressemblent à des symphonies.

Genesis, avec Peter Gabriel en maître de cérémonie délirant, ajoute une dimension théâtrale. The Lamb Lies Down on Broadway (1974) est un opéra-rock de 93 minutes qui raconte l’odyssée surréaliste d’un Porto-Ricain de New York. Le groupe joue des concerts de trois heures où Gabriel change de costume une dizaine de fois.

Pink Floyd, après le départ de Syd Barrett, devient le groupe le plus populaire du genre. The Dark Side of the Moon (1973) reste dans les charts pendant 937 semaines consécutives. Roger Waters y développe des thématiques sombres (folie, mort, aliénation) qui résonnent avec le désenchantement post-68.

Heavy Metal : de ses origines à nos jours !

L’histoire du heavy métal est celle d’une radicalisation. Le hard rock était lourd ? Le métal sera écrasant.

Black Sabbath, dès 1970, pose les fondations. Tony Iommi, ce guitariste aux doigts amputés, développe des riffs si lourds qu’ils semblent aspirer la lumière. L’album Paranoid contient des titres qui deviennent instantanément des hymnes : Iron Man, War Pigs, Paranoid. L’imagerie occulte, les paroles apocalyptiques, le son saturé : tous les codes du métal sont là, dès le début.

Judas Priest révolutionne l’esthétique visuelle. Rob Halford, chanteur ouvertement gay dans un genre réputé viriliste, impose le cuir, les clous, les chaînes. Cette imagerie sadomasochiste devient paradoxalement l’uniforme de groupes aux paroles souvent misogynes. L’ironie échappe à beaucoup.

Iron Maiden ajoute la dimension épique. Steve Harris, bassiste et chef d’orchestre, puise dans la littérature classique (Coleridge, Tennyson, Orwell) pour des compositions qui ressemblent à des récits de fantasy. The Number of the Beast (1982) propulse le groupe au sommet des charts internationaux malgré les accusations de satanisme.

Les années 80 voient exploser les sous-genres : thrash métal (Metallica, Megadeth, Slayer), glam métal (Mötley Crüe, Poison), speed métal (Motörhead). Lemmy Kilmister, ce visage ravagé et cette basse vrombissante, devient l’icône ultime du rock dur.

En 2024, Metallica remplissait encore des stades de 80 000 personnes. Gojira, groupe français formé à Bayonne, a joué aux cérémonies d’ouverture des JO de Paris. Le métal n’est pas près de baisser le volume.

Pop Punk : origines, groupes cultes et évolution !

Les origines du punk rock surgissent au milieu des années 70 comme un crachat au visage du rock établi. Trop de solos, trop de virtuosité, trop de prétention : le punk arrive pour tout raser.

À New York, le CBGB devient le temple d’une nouvelle esthétique. Les Ramones réduisent le rock à son essence : quatre accords, deux minutes, énergie maximale. Johnny Ramone joue sa guitare en downstrokes furieux, sans jamais varier. Le premier album du groupe, sorti en 1976, coûte 6 400 dollars à produire. Il influence à peu près toute la musique des quarante années suivantes.

À Londres, les Sex Pistols canalisent la rage d’une jeunesse sans avenir. Johnny Rotten (de son vrai nom John Lydon) hurle « No future » dans une Angleterre minée par le chômage et les grèves. Never Mind the Bollocks (1977), leur unique album studio, provoque un scandale national. La BBC refuse de diffuser God Save the Queen, ce qui en fait évidemment un succès colossal.

The Clash politise le genre. Joe Strummer, fils de diplomate devenu héraut de la classe ouvrière, mêle punk, reggae et engagement politique. London Calling (1979) est régulièrement cité parmi les meilleurs albums de l’histoire du rock. Comme l’écrivait Pierre Bourdieu, la culture populaire peut être un instrument de contestation autant que de domination : The Clash en est la démonstration éclatante.

L’éthique DIY (Do It Yourself) du punk démocratise radicalement la création musicale. Des milliers de jeunes montent leurs propres groupes, créent leurs labels, impriment leurs fanzines. Le punk n’est pas qu’un style musical : c’est une philosophie de l’action directe.

Rock Alternatif : origines et groupes incontournables !

L’histoire du rock alternatif est celle d’un refus : refus du mainstream, refus des majors, refus du formatage radiophonique. Dans les années 80, pendant que le hair métal envahit MTV, une contre-culture souterraine se construit.

R.E.M. devient l’archétype du groupe alternatif. Formés à Athens, Géorgie, en 1980, ils cultivent une esthétique volontairement cryptique. Michael Stipe marmonne des paroles incompréhensibles, Peter Buck joue des arpèges jangly, et pourtant ça fonctionne. Le succès arrive lentement, album après album, sans compromis avec l’industrie.

Les radios universitaires américaines deviennent le réseau de diffusion de cette musique qui refuse le circuit commercial. Des villes développent leurs propres scènes : Minneapolis avec Hüsker Dü et The Replacements, Boston avec les Pixies, Seattle avec… mais on y reviendra.

Les Smiths, à Manchester, inventent une nouvelle forme de rock britannique. Morrissey, ce chanteur végétarien et célibataire revendiqué, chante la mélancolie de la working class avec une ironie mordante. Johnny Marr révolutionne le jeu de guitare avec des arpèges cristallins qui influencent encore le rock indépendant actuel.

Sonic Youth pousse l’expérimentation à ses limites. Thurston Moore et Lee Ranaldo désaccordent leurs guitares selon des systèmes alternatifs, créant des textures sonores jamais entendues. Leur album Daydream Nation (1988) est considéré comme un chef-d’œuvre du genre.

Grunge : de Seattle au monde, l’histoire du mouvement

L’histoire du grunge est un conte moral sur les contradictions du rock. Comment un mouvement fondé sur le refus du mainstream peut-il survivre à son propre succès planétaire ?

Seattle, fin des années 80. Une ville grise, pluvieuse, où Boeing licencie et Microsoft n’a pas encore explosé. Des jeunes désœuvrés bricolent une musique qui hybride la lourdeur métal, l’énergie punk et la mélancolie folk. Le label Sub Pop Records, fondé par Bruce Pavitt et Jonathan Poneman, devient l’épicentre de cette scène.

Nirvana sort Nevermind en septembre 1991. Personne, absolument personne, n’anticipe ce qui va suivre. En janvier 1992, l’album détrône Michael Jackson au sommet des charts. Kurt Cobain, ce guitariste aux cheveux sales et aux pulls troués, devient malgré lui la voix d’une génération. « Here we are now, entertain us » : le cynisme comme hymne.

Pearl Jam, avec Ten, propose une version plus accessible du son de Seattle. Eddie Vedder, chanteur à la voix de baryton, incarne un héroïsme rock plus traditionnel que l’anti-héros Cobain. Les deux groupes se détestent cordialement.

Alice in Chains et Soundgarden complètent le quatuor de Seattle. Layne Staley chante la toxicomanie avec une honnêteté brutale ; Chris Cornell possède la plus belle voix du rock des années 90.

Le 5 avril 1994, Kurt Cobain se suicide à 27 ans. Le grunge meurt avec lui, ou du moins son innocence.

Post Rock : du bruit au silence, un genre unique

L’origine du post-rock remonte au début des années 90, quand des musiciens décident d’utiliser les instruments du rock pour créer autre chose que du rock. Un paradoxe fondateur.

Talk Talk montre la voie. Le groupe britannique, parti de la synth-pop des années 80, évolue vers un minimalisme radical. Spirit of Eden (1988) et Laughing Stock (1991) sont des albums de silences autant que de sons. Mark Hollis, leur leader, se retire ensuite de la musique pour ne plus jamais revenir.

Slint, à Louisville, Kentucky, enregistre Spiderland en 1991. L’album se vend à quelques milliers d’exemplaires puis le groupe se sépare. Vingt ans plus tard, il est considéré comme l’un des disques les plus influencents de l’histoire du rock. Les dynamiques extrêmes (murmures puis explosions), les guitares mathématiques, l’atmosphère oppressante : tout le post-rock est en germe.

Tortoise, à Chicago, développe une approche plus cérébrale, influencée par le jazz et la musique électronique. Mogwai, en Écosse, privilégie l’intensité émotionnelle brute : leurs concerts commencent dans le murmure et finissent dans l’assourdissement.

Godspeed You! Black Emperor, collectif montréalais, pousse le genre vers des dimensions orchestrales et politiques. Leurs albums, aux titres interminables, ressemblent à des symphonies post-apocalyptiques. En 2024, le groupe continue de tourner, refusant toujours les interviews et les photos.

Punk Rock : rébellion musicale des années 70 !

L’histoire de la pop punk illustre la capacité du rock à réconcilier rébellion et accessibilité. Ce sous-genre naît quand des groupes décident que le punk peut être joyeux autant que rageur.

Un concert de rock dans une salle.
Le rock reste l’un des genres musicaux les plus joués et écoutés au monde, des décennies après sa naissance.

Les Descendents, formés en Californie en 1978, posent les bases du style : chansons courtes, mélodies accrocheuses, paroles sur l’adolescence éternelle. Milo Aukerman, leur chanteur biochimiste (littéralement : il a un doctorat), incarne le nerd punk avant l’heure.

Green Day explose en 1994 avec Dookie. Billie Joe Armstrong chante l’ennui de banlieue avec une énergie contagieuse. L’album se vend à 20 millions d’exemplaires, transformant un groupe de Berkeley en stars mondiales.

The Offspring, avec Smash la même année, prouve que le succès n’est pas un accident isolé. Blink-182 pousse la formule à son paroxysme commercial avec Enema of the State (1999). Les clips MTV, l’humour potache, les hooks imparables : la pop punk conquiert la planète.

En France, des groupes comme Tagada Jones ou Burning Heads adaptent le style au contexte hexagonal. La scène reste plus underground qu’aux États-Unis, mais l’énergie est là.

En 2024, Machine Gun Kelly, Willow Smith et Olivia Rodrigo réinjectent de la pop punk dans le mainstream. Le genre refuse décidément de vieillir.

L’histoire du rock est indissociable des révolutions technologiques qui l’ont accompagnée. L’invention de la guitare électrique dans les années 30, les amplificateurs à lampes des années 50, les pédales d’effets des années 60, l’enregistrement multipiste des années 70 : chaque innovation technique a permis l’émergence de nouvelles sonorités.

Les grands festivals ont joué un rôle crucial dans la popularisation de chaque mouvement. Woodstock (1969) consacre le rock psychédélique et ses artistes (Hendrix, Janis Joplin, The Who). Monsters of Rock, dans les années 80, rassemble des centaines de milliers de fans de métal. Lollapalooza, créé en 1991, propulse le rock alternatif vers le grand public. Ces concerts créent des moments de communion collective qui transcendent les différences sociales.

Aujourd’hui, l’héritage de ces variantes du rock continue de nourrir la création contemporaine. Fontaines D.C. réinvente le post-punk irlandais, Turnstile actualise le hardcore pour la génération Z, Wet Leg apporte une fraîcheur pop aux guitares saturées.

En définitive, l’histoire du rock démontre la capacité extraordinaire d’un genre musical à se réinventer perpétuellement tout en conservant son essence rebelle. Du blues des origines au post-rock contemplatif, du rock psychédélique au métal le plus extrême, chaque variante témoigne de la richesse créative d’un mouvement qui refuse l’immobilisme.

Pour découvrir et maîtriser ces traditions artistiques, rien ne vaut des cours de guitare avec un professeur passionné qui vous guidera dans l’exploration de cet héritage exceptionnel. Du premier accord de blues aux harmonies les plus sophistiquées du progressif, votre propre histoire avec le rock ne fait que commencer.