Christophe Huort : Un luthier pas comme les autres

Aujourd’hui, lumière sûr Christophe Huort, un luthier pas comme les autres qui a bien voulu nous accorder un entretien. Zoom sur un artisan au parcours bien atypique.

Issu de l’enseignement technique, le luthier Christophe ne raisonne pas en artiste, mais plutôt en « technicien de l’art »

Du fait de son cursus industriel et ayant grandi hors de l’Europe, Christophe a pu être bercé par une autre culture, d’autres standards, ce qui lui a permis de découvrir le monde de la lutherie sans œillères ni formatage. Employant constamment le moindre de ses efforts pour se perfectionner dans son œuvre, Christophe a gravé dans sa mémoire la réponse du célèbre musicien Sting à un journaliste le questionnant sur l’utilité pour lui de reprendre des cours de chants : « Pour moi, l’apprentissage est un processus que seule la mort doit pouvoir interrompre ». Pour Christophe, le syndrome de la faute à pas de chance n’existe pas, il faut simplement acquérir un savoir nouveau, une nouvelle maitrise.

Guitare christophe Huort

La lutherie est une affaire de passion, Christophe, lui, a eu le déclic en 1977, après être tombé sur une vidéo promotionnelle du groupe T.I.P (Tama-Ibanez-Paiste). De par son absence d’apriori affectant les productions asiatiques, Christophe a pu objectivement constater qu’Ibanez n’avait à l’époque, non seulement aucune peur d’ouvrir les portes de son usine, mais aussi qu’ils pouvaient en plus se targuer d’offrir un SAV d’une grande qualité à une époque ou trouver la moindre pièce détachée américaine en France relevait du défi. Pour Christophe, fabriquer une guitare, même si c’est évidemment la penser en prévision des attentes du client, c’est aussi la concevoir en fonction de son futur environnement d’utilisation. Il donne pour exemple les conditions extrêmes qu’ont pu subir certaines de ses guitares : allant des soutes d’avions à -15°C avec une hygrométrie proche de 0 jusqu’à des températures au sol à plus de 40°C au moins 90% d’humidité. Toutes ses créations sont ainsi raisonnées et gérées en termes de fiabilité, comme si elles devaient un jour être industrialisées.

Préférant dissimuler ses origines techniques à ses débuts, Christophe Huort les revendiques aujourd’hui comme un atout-maître. Développer des guitares pour des marques est même une idée qui l’intéresserait pour mieux cerner les forces et faiblesses de son travail. Amateur de stages et autres formations au design et à la communication, notre luthier sait que la clé réside dans la constante remise en question de son activité. Les lycées techniques lui ont inculqué les réflexes d’un concepteur d’objets, de systèmes, et la guitare en est un ; Christophe y a appris à s’apprendre.

Guitare christophe huort 2
Du jeu à la création, la quête du son est toujours une histoire d’expérience. Christophe, qui sait que l’empirisme force toujours à admettre une petite part de chance, ne se cachait pas de dire à ses élèves en lutherie : « si un choix de conception semble être une bonne solution et en plus de ça, est fonctionnel, alors il a été fait exprès. ». Il compare le but recherché à une cible : « Au début, vous l’a manquez, ensuite vous resserrez le cercle, et un jour, vous touchez enfin dans le mille. La taille du cercle, c’est votre expérience acquise, et même si au fil des années il devient si étroit que votre taux de réussite ne fait plus débat, pour rester honnête, il vous faut toujours admettre une petite part de chance quand vous touchez pile au centre. »

Ainsi, une grande partie du travail réside dans la préparation, ce qu’il appelle : l’interfaçage de la demande. Le client du luthier parle en terme de ressentiments, d’émotions et de sensations tactiles et sonores ; l’enjeu est alors de traduire tout cela en matériaux, essences et dimensions. On comprend alors aisément la différence que peut faire l’expérience dans ce genre d’exercice. Christophe l’affirme lui-même, ses années en pratique instrumentale et expériences de scènes lui sont des outils extrêmement précieux. Malgré tout, même si le résultat semble correspondre à l’idée qu’évoquait le client, il n’est pas dit au final, que ce dernier ne s’attendait pas à autre chose. Le cahier des charges établit par le luthier correspond à la norme moyenne, et parfois, le résultat  surpasse ses attentes.

L’histoire d’un luthier passionné aux conseils avisés

Pour Christophe Huort, autodidacte un peu forcé, l’enseignement a été une pierre angulaire de sa carrière. Désireux de vouloir apporter aux autres ce qu’il n’a pas pu avoir, ce dernier s’est essayé à la formation d’apprenti Luthier. Une expérience mitigée, car, de nos jours, Christophe a malheureusement bien saisi qu’une majorité de gens considèrent qu’apprendre est une corvée. Paradoxalement, même face à des groupes peu motivés, Christophe retire une bonne expérience de l’enseignement. « En voulant expliquer des gestes quasi-intuitifs à des débutants, on se rend compte de toutes les mauvaises habitudes prises au fil des années », une aventure enrichissante pour notre luthier.

Si nous disions que la lutherie est une affaire de passion, l’adage est vérifié par cette fameuse expérience. Encore aujourd’hui, Christophe a du mal à décrire ce moment qu’il qualifie de presque « magique » où les débits de bois dégrossis, ajustés, collés et façonnés soudainement passent du stade de morceaux de bois à celui d’instrument de musique. Un moment qui parfois arrive très tôt, parfois très tard ; en tout cas, jamais au même stade d’avancement ; où « l’âme de l’instrument s’éveille ».

guitare christophe huort 3Acquérir une nouvelle guitare jette un vent nouveau sur le jeu du guitariste. De nouvelles sonorités l’attendent, de paire avec un confort peut être oublié. Les mois passent et le confort s’évapore tout doucement, le plaisir de jeu n’est plus présent comme au premier jour… Pour palier à cela, Christophe Huort nous donne quelques conseils pour bien entretenir son instrument. « Comme en amour, cela passe par de petites attentions quotidiennes ».

Lavage de mains avant et après, essuyer ses cordes après avoir joué ; de petits gestes permettant d’éviter l’oxydation trop rapide des cordes et l’entassement de la crasse autour des frettes. Ne pas hésiter à changer les cordes selon l’usure, et en profiter pour dépoussiérer les parties difficilement accessibles avec un pinceau sec et propre.

S’il y a des salissures, Christophe nous invite à utiliser un chiffon humide pour essuyer le plus gros (ne jamais utiliser de détergent, alcool ou solvant).

Pour finir, il ne faut pas hésiter à montrer son instrument à un professionnel de temps à autre. Chez Christophe, les habitués passent en moyenne tous les 15 à 18 mois. Une visite idéal pour vérifier que tout est en ordre, ou pour réajuster quelques paramètres (hauteur des cordes, etc). Il faut tout de même avoir conscience que seul le professionnel saura détecter des problèmes en apparences anodins cachant quelque chose de plus grave. Une visite idéale en somme.

guitare christophe huort 4Christophe Huort encourage le développement d’une relation tripartite entre le guitariste, son professeur de guitare et le luthier. Une idée qui lui est venue après avoir entendu bon nombre de ses collègues ayant des élèves voulant régler eux même leur instrument. Christophe propose depuis d’animer des modules de formation pour donner aux guitaristes des éléments de diagnostic sur l’état des réglages d’une guitare.

Ce dernier a remarqué lors de ses premières interventions que les instruments « à peu près » réglés étaient en fait des exceptions. Un instrument mal réglé provoque une gêne, un inconfort notoire dans la pratique de l’instrument. Un élément qui génère des baisses de motivations chez les guitaristes débutants, qui parfois, mettent un terme à leur apprentissage.

Si un instrument confortable permet de poser les bases pour bien débuter, notre luthier souligne qu’il ne faut pas oublier que dans tout apprentissage, l’oubli de la peine ne dispensera jamais l’effort. Même si des solutions, comme MyMusicTeacher, permettent de rendre le cadre de travail plus ludique, il ne faut pas oublier que c’est avec persévérance que l’on s’améliore. Pour notre luthier, le talent est la résultante d’une aptitude particulière couplée à une grande quantité de travail. La réussite, elle, c’est la chance d’avoir un talent au bon endroit, au bon moment.

Christophe a déjà vu bien des joueurs dotés d’un immense talent, mais à la notoriété inexistante. « Si le talent se travaille, la réussite se construit. » : musicien ou artiste, pour réussir de nos jours, il faut savoir façonner sa réputation dans un circuit, comme un réseau professionnel. Pouvoir montrer son talent au bon endroit.

Christophe Huort le luthierOn ne peut dès à présent que vous conseiller d’aller rendre visite à un luthier pas comme les autres, Christophe, sur son site web :http://www.huort-ch.com/

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *