Rock

Comment apprendre la guitare rock ?

Manchester, janvier 1963. Dans le sous-sol humide du Cavern Club, un jeune Paul McCartney, 20 ans à peine, regarde ses doigts trembler sur le manche de sa Höfner. Les Beatles viennent de signer chez EMI et dans trois mois, ils enregistreront « Please Please Me ».

Ce soir-là, entre deux reprises de Chuck Berry, Paul confie à John : « Je ne sais toujours pas jouer correctement un accord de fa barré« . John éclate de rire et lui répond : « Personne ne le joue correctement, mate. On fait semblant jusqu’à ce que ça devienne vrai » !

Apprendre à jouer de la guitare est une chose. Maîtriser un style en particulier en est une autre. Né dans les années 1940 aux États-Unis, le rock à la guitare a révolutionné la musique moderne et continue d’inspirer des millions de guitaristes à travers le monde.

Ce n’est pas juste une question de brancher une Gibson dans un ampli Marshall et de faire du bruit. C’est comprendre les power chords qui ont construit des hymnes entiers, maîtriser la gamme pentatonique mineure qui structure 70% des solos, sentir le rythme et l’énergie qui font vibrer les foules. Ce guide complet vous donne toutes les clés pour progresser efficacement en guitare rock, des accords de base aux techniques de solo avancées.

Les accords fondamentaux de la guitare rock

Commençons par la fondation : les accords de guitare.

Bonne nouvelle : la loi de Pareto s’applique parfaitement ici. Avec 20% des accords existants, vous pouvez jouer 80% des morceaux de rock. Autrement dit, pas besoin de connaître 150 positions d’accords pour commencer à s’amuser.

Les grilles d'accords majeurs les plus utilisés à la guitare.
Voici les accords de base à la guitare, en mode majeur : rien qu’avec 3 accords, vous pourrez jouer du rock à la guitare !

Ici, on retrouve presque tous les types d’accords : majeurs, mineurs, septièmes, altérés, sans quinte… Mais deux familles d’entre eux dominent largement le paysage sonore du genre : les power chords (accords de puissance) et ceux de septième dominante. Ces deux types d’accords constituent le vocabulaire harmonique de base que tout guitariste débutant doit maîtriser.

Les power chords

Si vous voulez jouer du rock, les power chords sont absolument incontournables. C’est LA base, le fondement, l’alpha et l’oméga de la guitare électrique. « Power chord » signifie littéralement « accord de puissance », et le nom est parfaitement choisi : ils sonnent bruts, puissants, agressifs. C’est le son de AC/DC, de Green Day, de Metallica.

La beauté des power chords ? Leur simplicité déconcertante. Ils ne contiennent que deux sons :

La fondamentale — La note de base de l’accord, jouée avec l’index sur une des trois cordes graves (Mi grave, La ou Ré).

La quinte — La cinquième note de la gamme, jouée avec l’annulaire sur la corde juste en dessous, deux cases plus loin vers la droite du manche.

L’octave (optionnelle) — Vous pouvez ajouter l’octave de la fondamentale avec l’auriculaire, une case plus loin sur la corde suivante. Cette troisième note enrichit légèrement le son sans changer sa nature.

Exemple concret : pour jouer un power chord de La (A5), placez votre index sur la 5e case de la corde de Mi grave, votre annulaire sur la 7e case de la corde de La, et éventuellement votre auriculaire sur la 7e case de la corde de Ré.

Pourquoi les power chords sonnent-ils si bien ?

Parce qu’ils ne contiennent pas de tierce (la note qui définit si un accord est majeur ou mineur). Résultat : un son neutre, ni joyeux ni triste, qui prend toute sa puissance avec de la distorsion. Branchez un power chord dans un ampli saturé, et vous obtenez ce mur de son épais et agressif caractéristique du style.

🎸 Exercice de base : la progression E5-A5-D5

Voici l’exercice parfait pour débuter avec les power chords : enchaînez un power chord de Mi (E5), puis La (A5), puis Ré (D5), en restant sur chaque accord pendant 4 temps. Cette progression simple est la base de centaines de morceaux de punk et de hard rock. Une fois que vous l’avez dans les doigts, vous pouvez jouer « Blitzkrieg Bop » des Ramones, « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana (en partie), ou improviser vos propres riffs.

Les accords de septième dominante

Ceux-ci (écrits « 7 », comme E7, A7, D7) sont des accords majeurs enrichis d’une septième mineure. Ils viennent directement du blues, mais ont envahi le rock dès ses origines. Chuck Berry, les Rolling Stones, Led Zeppelin, les Red Hot Chili Peppers : tous les ont largement utilisés pour créer cette tension caractéristique qui appelle une résolution.

Structure d’un accord de septième dominante :

  • Fondamentale — La note de base
  • Tierce majeure — 4 demi-tons au-dessus
  • Quinte juste — 7 demi-tons au-dessus
  • Septième mineure — 10 demi-tons au-dessus

Cette septième mineure apporte une tension harmonique qui sonne à la fois bluesy et rock. C’est cette note qui donne cette couleur légèrement dissonante, presque agressive, qui caractérise des morceaux comme « Johnny B. Goode » de Chuck Berry ou le refrain de « Can’t Stop » des Red Hot Chili Peppers.

Exemple pratique : l’accord de E7 (Mi septième) se joue en position ouverte avec les doigts sur les cases 1 (Sol#), 2 (Ré) et les cordes à vide. C’est un des premiers septièmes que vous apprendrez en tant que débutant, et pour cause : il sonne immédiatement rock’n’roll.

Les progressions d’accords classiques

Maintenant que vous connaissez les bases, voyons les progressions les plus utilisées en guitare rock. Ces séquences sont la colonne vertébrale de milliers de morceaux :

I-IV-V (Do-Fa-Sol ou E-A-B) — La progression la plus classique. C’est la base des années 50, du punk et du hard rock. « La Bamba », « Twist and Shout », « Wild Thing » : tous utilisent cette progression simple mais efficace.

I-V-vi-IV (Do-Sol-Lam-Fa) — La progression par excellence. Des dizaines de tubes l’utilisent : « With or Without You » de U2, « Let It Be » des Beatles, « No Woman No Cry » de Bob Marley. C’est la formule magique du succès commercial.

i-VI-VII (Lam-Fa-Sol) — Progression mineure très utilisée en rock alternatif et grunge. Smashing Pumpkins et Radiohead l’ont largement exploitée pour créer des ambiances sombres et mélancoliques.

🎵 Envie de progresser en guitare rock ?

Les accords, c’est la base. Mais les enchaîner avec fluidité, sentir le groove, développer votre propre son… ça demande un œil extérieur.

Un professeur de guitare peut corriger votre technique, vous faire découvrir des morceaux adaptés à votre niveau, et accélérer considérablement votre progression.

Les gammes essentielles pour la guitare rock

Si les accords sont le squelette d’un morceau de musique, les gammes en sont la chair : elles permettent de créer des mélodies, d’improviser, de construire des solos mémorables. Et parmi toutes les gammes existantes, une domine largement le paysage du rock : la gamme pentatonique mineure.

Trois musiciens donnent un concert en plein-air dans une ville.
Pas forcément besoin d’un ampli pour jouer du rock dans les rues ! En acoustique, ça marche aussi !

La gamme pentatonique mineure : la reine du rock

Environ 70% des morceaux de rock et de blues utilisent la gamme pentatonique mineure. Ce n’est pas un hasard si c’est la première gamme qu’on enseigne aux débutants en guitare : elle est simple à mémoriser, facile à jouer, et sonne immédiatement.

Jimmy Page, Jimi Hendrix, Slash, Angus Young : tous les grands guitaristes ont construit leur style autour de cette gamme.

« Pentatonique » vient du grec penta = cinq. Au lieu des sept tonalités d’une gamme majeure ou mineure classique, la pentatonique n’en utilise que cinq. C’est cette simplification qui la rend si puissante : moins de notes, mais mieux choisies.

Structure de la gamme pentatonique mineure (intervalles) :

  • I (tonique) — Note de départ
  • ♭III (tierce mineure) — 1,5 ton au-dessus (3 cases)
  • IV (quarte juste) — 1 ton au-dessus de la tierce (2 cases)
  • V (quinte juste) — 1 ton au-dessus de la quarte (2 cases)
  • ♭VII (septième mineure) — 1,5 ton au-dessus de la quinte (3 cases)

Formule simplifiée : 1,5T – 1T – 1T – 1,5T – 1T

Exemple concret : La mineur pentatonique (la plus utilisée) contient : La – Do – Ré – Mi – Sol.

Les cinq positions de la pentatonique mineure

À la guitare, la gamme pentatonique mineure peut se jouer en cinq positions différentes sur le manche. Ces positions se connectent entre elles et couvrent toute l’étendue du manche. Maîtriser ces cinq positions, c’est débloquer l’improvisation totale.

Position 1 (la plus classique) — Pour La mineur pentatonique, elle commence à la 5e case. C’est la position que tous les débutants apprennent en premier. Elle est confortable, intuitive, et permet de jouer 90% des solos.

Positions 2 à 5 — Chacune décale la gamme sur le manche, offrant des tessitures différentes (plus grave ou plus aigu). Les guitaristes pros naviguent fluidement entre ces positions pour créer des solos qui voyagent sur tout le manche.

Exercice pratique : Lancez un backing track en La mineur sur YouTube (il y en a des centaines), et improvisez en utilisant uniquement la position 1 de la pentatonique mineure de La. Au début, vous jouerez peut-être de manière mécanique, en montant et descendant bêtement la gamme. Normal. Avec le temps, vous commencerez à entendre des phrases musicales, à créer des motifs, à développer votre propre langage.

Deux morceaux pour travailler la pentatonique

Rien de mieux que la pratique sur des morceaux réels pour intégrer la gamme pentatonique mineure. Voici trois classiques accessibles aux débutants/intermédiaires :

« Stairway to Heaven » (Led Zeppelin) — Le solo mythique de Jimmy Page est construit presque entièrement sur la pentatonique mineure de La. C’est LE morceau pour comprendre comment créer de l’émotion avec cette gamme.

« Nothing Else Matters » (Metallica) — L’intro et le solo de Kirk Hammett utilisent la pentatonique mineure de Mi. Mélodique, accessible, magnifique.

Si vous voulez découvrir d’autres morceaux emblématiques pour progresser, consultez notre sélection des meilleures chansons de rock à apprendre à la guitare, classées par niveau de difficulté.

💡 Conseil d’improvisation

Quand vous improvisez sur la pentatonique mineure, ne jouez pas tout. Insistez sur la tonique (1), la tierce mineure (♭3) et la quinte (5) : ce sont les intervalles structurantes qui définissent le caractère mineur. Les autres (4 et ♭7) sont ajoutent de la mélodie, mais inutile de les accentuer.

Le riff : l’ADN du genre

Si vous demandez à quelqu’un de penser « rock », il y a de fortes chances qu’un riff lui vienne immédiatement en tête. Le riff de « Smoke on the Water », celui de « Sweet Child O’ Mine », celui de « Seven Nation Army »… Ces fragments mélodiques courts et répétitifs sont l’essence même de la guitare rock. Ils sont ce que les gens fredonnent, ce qui reste en tête, ce qui définit l’identité d’un morceau.

Mais qu’est-ce qu’un riff, exactement ? C’est un motif mélodique court (généralement 2 à 4 mesures) joué de manière répétée tout au long d’un morceau. Le riff structure la chanson, accompagne la mélodie vocale, crée l’accroche. Il peut durer entre une et huit mesures, mais il est toujours conçu pour être mémorisable et percutant.

Les riffs emblématiques qui ont façonné la musique

Certains riffs sont entrés dans l’histoire de la musique. Ils sont reconnaissables en deux secondes, universellement connus, symboles d’une époque ou d’un mouvement. En voici quelques-uns que tout guitariste débutant devrait connaître :

« Smoke on the Water » (Deep Purple, 1972) — Probablement LE riff le plus joué dans les magasins de guitare du monde entier. Joué sur une seule corde, basé sur la pentatonique mineure. Simple, efficace, immortel.

« (I Can’t Get No) Satisfaction » (The Rolling Stones, 1965) — Keith Richards a créé ce riff en quelques minutes, et il est devenu l’un des plus iconiques de l’histoire du rock. Joué avec une pédale fuzz, il capture parfaitement l’attitude rebelle des Stones.

« Whole Lotta Love » (Led Zeppelin, 1969) — Jimmy Page utilise un power chord de Mi avec une pédale wah-wah pour créer ce riff lourd et hypnotique. C’est le riff qui a défini le hard rock des années 70.

« Seven Nation Army » (The White Stripes, 2003) — Jack White a prouvé qu’on pouvait créer un riff mémorable avec une seule note à la fois. Ce riff minimaliste est devenu un hymne de stade chanté par des milliers de supporters dans le monde entier.

Pour explorer plus en profondeur l’univers du rock et comprendre comment ces riffs s’inscrivent dans l’évolution du genre, découvrez notre article sur les origines et l’histoire du rock, des années 1950 à aujourd’hui.

🎸 Exercice : créez votre premier riff

Voici un défi : créez un riff original en 10 minutes chrono. Choisissez une tonalité (par exemple La mineur), prenez la position 1 de la pentatonique mineure, et trouvez un motif qui vous plaît. Jouez-le en boucle avec un métronome à 80 BPM. Ajoutez du palm muting, variez le rythme. Enregistrez-vous. Félicitations, vous venez de créer votre premier riff !

Les techniques de solo en guitare électrique

Quand on pense « guitare électrique », on pense immédiatement aux solos enflammés qui traversent les morceaux comme des éclairs : David Gilmour sur « Comfortably Numb », Slash sur « November Rain », Eddie Van Halen sur « Eruption », Jimi Hendrix sur « All Along the Watchtower »… Ces moments où le guitariste prend le contrôle total, où la musique s’envole, où l’émotion est à son paroxysme.

Deux jeunes adolescents s'amusent avec au premier plan, un jeune guitariste qui chante.
N’hésitez pas à offrir des cours de musique à vos enfants ! Plus jeune ils apprennent et mieux c’est !

Mais derrière ces prouesses se cachent des années de pratique, de technique, d’expérimentation. Les solos de guitare, ce n’est pas de la magie. C’est un ensemble de techniques précises qu’on peut apprendre, travailler, maîtriser progressivement.

Voici les quatre techniques fondamentales que tout guitariste débutant doit intégrer pour créer des solos expressifs :

Le hammer-on

Technique consistant à jouer une première note en grattant la corde, puis à « marteler » une note plus haute sur la même corde avec un doigt de la main gauche, sans regratter la corde. Résultat : un phrasé fluide, rapide, sans les à-coups du médiator. Très utilisé pour créer des lignes mélodiques rapides.

Exemple : jouez la 5e case de la corde de Si avec l’index, puis martelez la 7e case avec l’annulaire sans regratter.

Le pull-off

L’inverse du hammer-on. Vous jouez une note haute, puis « arrachez » le doigt pour faire sonner une note plus basse sur la même corde, sans regratter. Ça crée une descente fluide, une phrase qui coule naturellement.

Exemple : jouez la 7e case de la corde de Si avec l’annulaire, puis arrachez le doigt pour faire sonner la 5e case (déjà positionnée avec l’index).

Le bend

Technique consistant à tirer une corde perpendiculairement au manche pour augmenter sa hauteur de son. C’est LA technique expressive par excellence. Les bends donnent cette dimension émotionnelle, presque vocale, aux solos. David Gilmour, B.B. King, Slash : tous sont des maîtres du bend.

Variantes : le bend d’un demi-ton (petite montée), le bend d’un ton entier (montée standard), le bend d’un ton et demi (très expressif), et le reverse bend (on tire puis on relâche progressivement).

Le slide

Glisser d’une note à une autre en maintenant la pression du doigt sur la corde pendant le déplacement. Ça crée une transition fluide, un effet de glissement caractéristique du blues.

Exemple : jouez la 5e case de la corde de Sol, puis glissez jusqu’à la 7e case sans relever le doigt ni regratter. Le son monte progressivement, sans rupture.

Pour découvrir les parcours, les techniques et les styles de ces légendes, consultez notre sélection des plus grands guitaristes de rock de l’histoire. Vous y trouverez des analyses détaillées de Jimmy Page, Jimi Hendrix, Eric Clapton, Eddie Van Halen, David Gilmour, Slash et bien d’autres.

✅ Programme d’entraînement quotidien (30 minutes)

  • 5 min : Échauffement (gammes lentes, étirements)
  • 10 min : Technique pure (hammer-ons, pull-offs, bends, slides)
  • 10 min : Apprentissage d’un solo célèbre (phrase par phrase)
  • 5 min : Improvisation libre sur un backing track

Respectez ce programme 5 jours par semaine, et vous progresserez à la guitare plus vite que 90 % des autodidactes.

Alors branchez votre guitare, montez le gain de votre ampli, et faites du bruit. Votre instrument n’attend que vous !